Quand l’espace et le temps auront la courbure de tes hanches,
Quand j’entendrai en staccato dans le désordre de ma vie, ce martèlement frénétique de ton nom, aiguillon de ma chair,
le désespoir et la distance ne seront plus que des restes.
Je renoncerai progressivement à mon individualisme blindé, inventé par ma résilience et, tellement moderne.Tu apprivoiseras mes élans farouches pendant que sur ma route, tomberont de nouveaux cadavres.
Devant cette implacable décision de te vouloir à mes côtés,
je renaitrai comme un liseron de Biscaye, planté là, telle une guerrière assoiffée ou, comme le retour de la splendeur d’un matin glacial du Québec.
En pèlerin de la conquête, tu me joueras alors toutes les notes,
celles de la distraction, de l’irresponsabilité vagabonde,
celles de l’arrogance peureuse, du romantisme éculé ou, d’autres plus classiques, tirées d’une symphonie célèbre et polygamique…
Tu me cacheras ton âme en touchant mes fesses,
tu braveras l’amour avec d’hormonales caresses,
tu repartiras, océane rêverie pour me laisser dormir encore plus près des tombes.
Comme un albatros trahi par son complice le vent, mourrai-je pareillement, non pas de vieillesse, mais d’avoir voulu aimer ici-bas, extase triste d’ancienne jeunesse.
Mes atomes s’éparpilleront vers d’infimes recoins du monde,s’accrochant parfois à la beauté des marguerites sauvages, ou à ces fenêtres tant reluquées, lors de mes promenades et qui trahissaient le bonheur calme de ces chaumières. Ma douleur planera encore quelques semaines parmi les vivants, libre de déranger ou non, tous les hommes que j’ai connus. Comme des pucerons invasifs et inventifs, mes pensées sauteront dans la vie bien rangées des gens. Négligeront les mendiants et deviendront autonomes,à l’instar de qui je fus. Et là, prête à ramer dans l’éther pour l’éternité, je retrouverai enfin mon sacré vieil italien de père qui, en me souriant infiniment tendrement, semblera, encore une fois, ne rien comprendre à mon charabia sentimental de pauvre victime…A suivre…
Ma citation
J’ai compris avec l’âge que l’on apprend d’avantage en regardant vivre un chat, qu’en lisant n’importe quel livre de philosophie.
J’ai appris qu’en ce siècle décadent, mon instinct de survie tenait à conserver sa croyance en ce caractère sacré de la vie.
S’est ajouté à notre implacable solitude de naître et de mourir seul, la trahison humaine de toute une communauté financière qui nous asservit comme le ferait le plus puissant des cartels mafieux.
L’insécurité de ces temps bibliques ne m’inquiète pas. Après tout, je ne suis qu’un mot entre deux paragraphes pestilentiels, un verbe conjugué au présent dans cette quintessence chaotique.
Ma quête sera donc artistique, ma dénonciation migrera vers la beauté et l’émotion.
Terre neuve
État
A 41 ans, je me suis enfin choisie.
Exécuter une vieille mission inachevée que je traînais en moi. Découvrir enfin le toucher, cette carence familiale de toute ma jeunesse qui compliquait ma vie d’adulte.
Pour me placer volontairement au front, j’ai posé encore une fois mes fesses sur un banc d’école pour apprendre l’art d’être thérapeute. Cours d’anatomie, sexualité, déontologie, marketing, technique de massothérapie etc.
Pfff…Un autre diplôme en poche et une entreprise privée démarrée chez moi dont l’affluence est très concluante.
Toutes ces soirées de cacophonie intérieure silencieuse, ces recherches personnelles effectuées sur ma psyché et celle de l’autre, ces longs hivers de soins prodigués avec énergie et compassion, m’ont fait oublier le temps.
Pour parfaire cette ascèse primordiale, j’ai babylonée dans un océan moderne et étrange.
Au début, j’ai évité les pentes sinueuses des propositions sexuelles en pensant toutefois qu’un dongeon avec des mises en scène renouvelées chaque jour m’aurait hâtivement rendue millionnaire d’esprit et de corps.
Délivrer des juges, directeurs de compagnie et courtiers de leur responsabilité professionnelle est un jeu d’enfant lubrique. J’en ai le talent mais pas l’envie.
J’ai parcouru des kilomètres sans bouger de là, vécu des big bang avec des planètes inconnues, prêté mon âme à mes mains pour qu’elles esquissent l’ état de vacuité propice à l’accomplissement de mon nouvel art.
Ma mère est morte en 2008, mon chat Eugène aussi. Mon père s’est éteint dans mes bras le 3 avril 2011. Ça y est, mes anciennes balises se sont effondrées comme si un bulldozer voulait y ériger un MacDonald ou…une autre vie à inventer.
Aucun mensonge, si minime soit-il peut sauver notre vie. La création représente le seul admissible à mes yeux.
Voici donc la plus belle farce impudique de mon passage sur terre; vous raconter ma vision du monde.

Ta famille est morte
Voici enfin ta liberté si convoitée.
Elle est là, toute nue, nouvelle et offerte.
A trop l’avoir espérée, tu es ni gai, ni triste.
C’était tellement plus chic de te croire Borduas.
D’errer d’époque en époque, avec ton faux pinceau.
Imaginer l’immortalité, ta douce amante
Certain qu’elle t’aimerait toujours.
Alors que ton visage est maintenant une limace,
Tes jours pâles comme la vieille d’en face,
Tu sens le vent imperturbable heurter ta peau.
Désemparé par tant de mollesse et de lenteur en toi,
Par tes merveilleux délires, troués par l’abandon
Tu iras désormais où se tiennent les colombes, au bord des tombes
Oubliant même ton vice, tout ce bleu du ciel qui te sauva jadis.
La folie comme conclusion ou l’amour comme création
Observer le tableau posé devant soi, la carapace est blindée ou la faille trop grande?
Soupeser chaque jour l’élan de l’autre,
M’abîmerai-je dans cette mort trop vive, venue du passé?
Cet âme peut-elle être mon alliée?
Douter puis avoir confiance
Tout en continuant à vivre sur un chemin peu fréquenté, le bonheur simple d’exister.
Encore attendre, le dire et le redire, pour s’offrir sans détours, consciente d’être naïve, afin de provoquer peut-être la possible fumisterie et le cambriolage intime et ultime, survenus plus tard et autrement.
Dire ce que l’on tait normalement.
Déstabiliser la quête, la devancer,
comme un kamikaze prêt à l’erreur fatale dans la solitude.
Ne pas forcer mais glisser au fond de soi en débordant parfois du rythme logique, du cadre imposé.
Entendre le mode d’emploi, vouloir passer à côté mais résister à cette envie,
Tenter de savoir même dans le sommeil.
S’appliquer à cet exercice pendant des jours et des nuits.
Intensifier le questionnement jusqu’à son paroxysme.
S’épuiser pour pouvoir enfin lâcher les amarres,
Pour que le sens de cette aventure surgisse enfin, épuré,
Plantée là, en pleine réalité, comme un glaive implacable de
folie ou d’amour ?
Feuille de route
Cible d’un tourment d’acier, je suis tombée à Babylone, un vent fou me poussant.
Puis, abruptement, j’ai détruit la muraille, en reniant ma quête.
A présent, mon visage n’est plus qu’une balafre d’où émerge l’âge mur.
Qu’il marche cet amer pas.
Même lorsqu’il piétine, je m’en balance.
La voie est sombre, parsemée de cendres.
De cette blessure profonde, j’ai retenu la haine, appris ce qu’est le temps pour un vieillard.
Il aurait fallu régurgiter tous ces maux, en brodant les lendemains de mes ancêtres.
Il m’aurait fallu un gourou mais, la force me suffit, cette ineffable amie.
Au creux de cette marée cinglante comme ventre d’océan,
pour célébrer cet appel qui survit,
cette présence qui tangue sur la houle et cuivre ma peau d’âme,
j’ai empoigné à chaque fois mon arme, forgée à même mes syllabes, convaincu mon complice le courage, et, j’ai rejoint mon pays, sachant très bien que je reviendrais demain.
Là-bas, le ciel retrouve sa nudité, plus personne ne rompt la vie en moi et le soleil rugit enfin sans heures.
Après tant d’ingénues tortures, tu m’attends hymne d’extase, flambeau autre que de pacotilles, sueur parfumée d’amour, espoir qui culmine.
Des échos de ton roc me parviennent, parfaits, étincelants.
Tu es l’extrémité possible, ce désordre absolu sur la fin de ma route,
cet être inventé qui, aujourd’hui, pourra exister.
Pierre
Il eut un sourire tordu.
Son palais saturé venait tout juste de goûter à cet immonde gâteau au bluff.
Pierre quittait un long baisouillage dînatoire et, son invitée de marque, la cruauté, déguisée en promesse .
L’homme monologuait la bouche pleine de cloportes, faisait gicler au fond de sa tête, de lourdes rasades-tornades, de folles vagues d’eau claires, histoire de soûler sa détresse, de rendre vives ses lèvres, abandonnées bien avant lui au mutisme.
Bientôt, il projeta une énorme vomissure vers le ciel, tout ce bleu qui, jadis l’avait sauvé. La table dressée devant la conscience humaine, redeviendrait immense par son dessus libéré et, l’esprit du client, réinvesti en pleine réalité.
Il mourait par sa mère. Cette tarentule qui lui avait transmis des valeurs disparues.
Il ne voulait plus griffonner des images d’attente fébrile sur des cartons d’allumettes, sur des serviettes de table, salies par d’autres, parfois même sur le bord de sa chemise qu’il réajustait ensuite, à l’intérieur de son pantalon.
Il ne voulait plus de sa timidité imbécile, de ces rencontres fantasques, de cet espoir d’un monde meilleur, aperçu sur écran d’ordinateur.
Pierre saisit alors l’arme ultime. Comme par opposition à sa sempiternelle douceur, il devint l’amant furibond d’une nouvelle croyance.
Tandis que les lâches s’agitaient le mensonge, gros comme le bras, Pierre joua de son tire-pois, celui qu’il avait reçu en cadeau, pour ses huit ans. Quelques têtes éclatèrent.
Il eut un sourire tordu.
Ensuite, il prit un pistolet, l’appuya sur sa tempe et tira.
Tout est fini.
La ville bruyante s’en fiche éperdument pendant que les pissenlits poussent dans les fentes du trottoir.